Six poèmes de Rolf Dieter Brinkmann: traduits de l’allemand par Benoît Gréan et Roberto Di Bella, publiés en version bilingue dans la révue Po&sie et enregistrés de manière professionnelle pour YouTube par un lecteur inconnu en France. Dans cet article de blog, vous trouverez également un aperçu des autres traductions de l’auteur existant en français ainsi que des références critiques. ■ Sechs Gedichte von Rolf Dieter Brinkmann: aus dem Deutschen ins Französische übersetzt von Benoît Gréan und Roberto Di Bella, zweisprachig in der Lyrikzeitschrift Po&sie veröffentlicht und für YouTube von einem unbekannten Leser in Frankreich professionell eingelesen. Dazu eine Übersicht mit weiteren Übersetzungen des Autors ins Französische und literaturkritischen Texten.
Six poèmes (1961-1975) de Brinkmann …
Traduits de l’allemand et présentés par Benoît Gréan et Roberto Di Bella. Publiés en version bilingue, in : Po&sie, N°164 (2018/2), pp. 11–16. → lire en ligne ♦ La revue trimestrielle Po&sie – fondée par Michel Deguy en 1977 – inclut des traductions de poésie étrangère, généralement accompagnées du texte original. Elle publie également des textes de critique littéraire et de philosophie.
… lu sur YouTube par « Camera Obscura »
Nous ignorons qui se cache derrière ce pseudonyme, mais nous le remercions vivement pour son initiative et la lecture suggestive des six poèmes de Brinkmann par nous traduits. Nous profitons de l’occasion pour attirer, avec quelques remarques et références complémentaires, l’attention des lecteurs sur Rolf Dieter Brinkmann, dont l’œuvre littéraire est encore peu connue au-delà de la sphère germanophone, malgré son statut d’auteur majeur et de poète parmi les plus influents de la littérature germanophone du XXe siècle.
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« es-tu assez taré / et assez dingue / pour t’appuyer aux / étoiles »
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Présentation*
Auteur de douze recueils de poèmes (dont deux publiés à titre posthume), de journaux intimes, collages, pièces radiophoniques et lettres fleuves ainsi que d’un roman, Rolf Dieter Brinkmann (Vechta, 16 avril 1940 – Londres, 23 avril 1975) a contribué au rajeunissement de la littérature ouest-allemande des années 1960 et 1970 (→ liste des ses œuvres). À partir de 1956, il écrit dans le sillage de différents courants : d’abord, encore adolescent, sous l’influence d’auteurs allemands comme Hans Henny Jahnn (roman) ou Gottfried Benn (poésie), mais bientôt aussi les œuvres de Rimbaud, Céline, Henri Michaux qu’il lit en traduction. À partir de 1963 environ, c’est le Nouveau Roman qui attire son attention avec surtout les romans et essais de Robbe-Grillet, mais également de Butor et Sarraute.
Par la suite, il se rapproche des auteurs de la Beat Generation (voir notamment la prose cut-up de William S. Burroughs) et des poètes de la New York School (Frank O’Hara, Ron Padgett, Ted Berrigan et autres) qu’il contribue à faire connaître en langue allemande dans plusieurs anthologies. Il développe ainsi une écriture médiatique et cinématographique doublée d’un regard critique et anarchiste sur la société de l’information. En 1972/73, Brinkmann séjourne à Rome, à la Villa Massimo, pendant allemand de la Villa Médicis. Il en revient avec trois cahiers dans lesquels il a engrangé ses impressions, sa correspondance amicale ou pas, les lettres envoyées à Maleen, sa compagne.
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« Neige : qui / saurait penser / ce mot jusqu’au bout »
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Au cours de l’été 1974, Brinkmann reçut une invitation à participer au 1er Festival international de poésie de Cambridge en avril de l’année suivante. Lors de deux événements, les 19 et 20 avril, il y présentera des poèmes tirés de son recueil Westwärts 1&2 (« Vers l’Ouest 1 & 2 »), qu’il venait de terminer. Ce furent ses dernières apparitions publiques. Le 23 avril 1975, Brinkmann trouva la mort dans un accident à Londres, renversé par un véhicule alors qu’il traversait la rue. « Il laissera des milliers de pages inédites, en grande partie publiées depuis. Peut-être ai-je parfois réussi à écrire des poèmes suffisamment simples, comme des chansons, comme une porte qu’on ouvre, hors du langage et des limitations », déclare-t-il dans son avant-propos à Westwärts 1 & 2, paru en 1975, quelques jours avant sa mort, et tiré à 14 000 exemplaires en cinq ans.
Le choix proposé ici donne une idée de l’évolution du poète : les deux premiers poèmes sont encore liés aux modèles d’écriture des années cinquante avec des échos de Karl Krolow, Elisabeth Borchers, Paul Celan ; « Photographie » donne un instantané lyrique caractéristique du début des années soixante tandis que « Cinémascope » se situe dans un contexte d’effervescence culturelle et sociale ; les deux derniers reflètent l’abandon des illusions mais aussi l’espoir d’un nouveau commencement. « Toutes les questions demeurent, comme demeurent toutes les réponses. L’espace demeure. J’ouvre les yeux et je regarde un bout de papier blanc » (Westwärts 1 & 2, fin de l’avant-propos).//

Quatrième de couverture de la revue Po&sie (n° 164). Veuillez cliquer sur l’image pour l’agrandir.
Les traducteurs
Benoît Gréan (Strasbourg, 1957), poète et traducteur, voyage lentement : il enseigne le français, le latin et le grec ancien d’abord à New York (1985-1994), puis à Rome jusqu’en 2024. Il partage maintenant son temps équitablement entre la France et l’Italie. Il est l’auteur de quatorze recueils de poésie dont douze en collaboration avec l’artiste Luisa Gardini, parmi lesquels Terre à mer (Alidades, 2023) et Petite messe solennelle (Julien Nègre, 2023). Il a introduit en France des poètes italiens tels que Guido Mazzoni, Mariangela Guatteri, Sacha Piersanti, Marco Caporali, Alessandro Anil, Irene Santori.
Roberto Di Bella (Gummersbach, 1970), enseignant-chercheur et médiateur culturel, voyage un peu plus vite: études de philologie allemande et de langues romanes à Bonn, Rome, Munich et Aix-la-Chapelle, lecteur du DAAD à l’Université Toulouse Jean-Jaurès (2006-2012), chargé de cours en lettres allemandes à l’Université de Cologne (2012-2020). 2011 thèse de troisième cycle sur l’oeuvre tardive de Brinkmann, publiée en allemand en 2015 (éd. Könighausen & Neumann 2015). Depuis 2021 assistant de recherche à l’Université de Siegen (DFG-SFB 1472) et vit près de Cologne.
Les six poèmes traduits sont présentés dans l’ordre chronologique de leur composition, de 1960 aux années 70. Nous avons suivi le texte des éditions suivantes: « Eingedenk der Märchenzeit », in : Vorstellung meiner Hände. Frühe Gedichte, Rowohlt, 2010, p. 15; « Schnee », « Photographie » et « Cinemascope », in : Standphotos. Gedichte 1962–1970, Rowohlt, 1980, pp. 40, 52 et 295; « Nacht » et « Donnerstagabend-Blues », in : Westwärts 1&2, Rowohlt, 1975, p. 174 et 234 ou 2005 (édition augmentée), pp. 213 et 234.
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« Photographie // Au beau milieu / de la rue / la femme / dans le / manteau / bleu. »
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Œuvres de Brinkmann disponibles en français
La lumière assombrit les feuilles. Roman ( = Keiner weiß mehr, 1968). Traduit par Jean-Louis Pontaubert. Gallimard 1971.
La jeune poésie allemande. Dossier établi par Nicole Casanova. Avec des poèmes de Jürgen Theobaldy, Nicolas Born, Rolf Dieter Brinkmann, Friedrich Christian Delius, Ludwig Fels, Wolfgang Stein, Günter Herburger, Yaak Karsunke, Michael Krüger, Christoph Meckel, Roman Ritter, Johannes Schenk, Peter Paul Zahl, in: Esprit. Changer la culture et la politique, No. 1, janvier 1977, pp. 40–68 // Les poèmes de Brinkmann y compris sont « Reisen in die nördlichen Gärten = Voyages dans les jardins du nord», «Die Orangensaftmaschine = La machine à jus d’orange », «Über das einzelne Weggehen = Sur ceux qui partent seuls », traduits de l’allemand par Georges-Arthur Goldschmidt. → lire en ligne
«Schlaf = Sommeil «, «Gedicht über eine beliebige Blumenart = Poème sur une sorte quelconque de fleur «, «Schnee = Neige =», « Entre les lignes = Zwischen den Zeilen », « Vogel am leeren Winterhimmel = Oiseau devant un ciel d’hiver vide » et « Ein einziger Satz aus = Une seule phrase » ; « Innen = Au-dedans ». Traduits et présentation: Hans Hartje, in: Po&sie, N° 33 (1985), pp. 30–35. → lire en ligne
« Autoportrait au supermarché = Selbstporträt im Supermarkt », « Entendre l’un de ces classiques = Einen jener klassischen », « Oui, bon d’une manière ou d’une autre = Na, irgendwie », « D’après Shakespeare = Nach Shakespeare », in : Jean-Pierre Lefebvre (éd.) : Anthologie bilingue de la poésie allemande, NRF Gallimard/La Pléiade, 1993, pp. 1134–1141.
Rome, regards ( = Rom, Blicke, 1979). Traduit par Martine Rémon. Préface de Thibaut de Ruyter. Quidam Editeur 2008. → en savoir plus
« Souvenirs secrets = Heimliche Souvenirs », « Neige = Schnee », « Sommeil = Schlaf », « Simples idées sur ma mort = Einfache Gedanken über meinen Tod », « Cette chambre = Dieses Zimmer ». Traduit par Martine Rémon, in : Cahiers d’Art No 1–2 (2013), pp. 85–94.
« Improvisation 1, 2 & 3 (entre autres d’après Han Shan) = Improvisation 1, 2 & 3 (u.a. nach Han Shan », « Poème = Gedicht », « Un verre d’eau fraîche = Ein Glas frisches Wasser ». Traduit par Roberto Di Bella, avec la collaboration de Julie Girard de Pindray, in : Nioques 12 (2013), pp. 249–259.
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Deux éditions de Brinkmann en français: La lumière assombrit les feuilles (1971) et Rome, regards (2008). Veuillez cliquer sur l’une des images pour agrandir la galerie.
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« Cinémascope // Le ciel / aujourd’hui / plus limpide que d’ordinaire »
Références critiques choisies
Jérôme Vaillant : « Rolf Dieter Brinkmann : poète allemand de l’Underground », in : Allemagne d’aujourd’hui, N°16, janvier-février 1969, pp. 35–39. → lire le texte en ligne
Georges Arthur Goldschmidt: « Rolf Dieter Brinkmann ou la poésie ressuscitée », in : Allemagne d’aujourd’hui, N°61, janvier-février 1978, pp. 108–113. → lire le texte en ligne
Peter Henninger : « Rolf Dieter Brinkmann et la France. Histoire d’une désaffection ? », in : Cahiers d’Études Germaniques, N°41, 2001/2, pp. 169–180. → lire le texte en ligne
Thibaut de Ruyter : «Brinkmann, vite ». Préface à l’édition française de Rome, regards, traduction de Martine Rémon, Quidam Editeur, 2008, pp. 5–9.
Hélène Boursicaut : « Tout ce bazar de révolution, de pop, de gauchos et de drogue : 68 vu par Rolf Dieter Brinkmann ou l’inventaire d’une déroute », in : Cahiers d’Études Germaniques, N° 54, 2008/1, pp. 119–132. → lire le texte en ligne
Roberto Di Bella : ‚Das wild gefleckte Panorama eines anderen Traums‘. Rolf Dieter Brinkmanns spätes Romanprojekt. Würzburg : Königshausen & Neumann 2015. → en savoir plus
Eckhard Rhode : « ‚…le caractère démoniaque de la compulsion de répétition…‘. ‚Le démon de l’analogie‘ de Mallarmé, lu avec Schnitte de Rolf Brinkmann », in : Savoirs et clinique, N°28, 2021, pp. 124–130. → lire le texte en ligne
Maxim Görke : « In memoriam Céline », in : Recherches germaniques, N°53, 2023, pp. 103–117. → lire le texte en ligne
Roberto Di Bella : « ‚Die Hauptstraße, auch der Gedanken, ist aus 6spurigem Asphalt‘. Rolf Dieter Brinkmann: ein ‚role model‘ der deutschsprachigen Gegenwartsliteratur? », in : Yves Iehl, Nadia Lapchine und Françoise Lartillot (eds.) : Les figures tutélaires dans la poésie et la prose de langue allemande aux 20e et 21e siècles. Entre filiations, rejet et création. Bern et al. : Peter Lang 2025, pp. 191–213. → en savoir plus
Michael Töteberg / Alexandra Vasa : Ich gehe in ein anderes Blau. Rolf Dieter Brinkmann – eine Biografie. Hamburg : Rowohlt 2025. – Première biografie complète sur l’auteur. Michael Töteberg et Alexandra Vasa ont pu pour la première fois consulter la succession jusqu’alors gardée secrète, et évaluer des œuvres littéraires et des lettres inédites. → en savoir plus
Pour plus d’informations, ce blog propose également un aperçu régulièrement mis à jour de toutes les publications critiques sur Brinkmann depuis 2018. Vous y trouvez également des documents sur la réception littéraire et artistique de l’auteur (→ en savoir plus).//
Sitographie
brinkmann-wildgefleckt.de
Site de Roberto Di Bella en la matière (ce site-ci). Accueille de nombreuses ressources documentaires sur l’œuvre de l’auteur et sa réception ainsi qu’une série de témoignages d’écrivains et artistes (« Brinkmanns Leser:innen ») dont la liste est complétée au fur et à mesure.
kulturstiftung-brinkmann.de
La Fondation culturelle Rolf Dieter Brinkmann a été créée en 2023. Outre le financement des acquisitions pour un centre de recherche, elle a notamment pour objectif à long terme de créer à Vechta, ville natale du poète, un musée à lui dédié.
brinkmann-literatur.de
Site dédié à la vie et à l’œuvre de l’auteur, par le critique allemand Olaf Selg. Contient une bibliographie détaillée des œuvres de l’auteur et des travaux critiques en langue allemande.
brinkmannszorn.de
Le réalisateur Harald Bergmann a consacré de nombreuses années à la vie et à l’œuvre de Brinkmann. Son film Brinkmanns Zorn de 2006 en est le résultat.
Pour une sitografie plus complète (en allemand) → cliquez ici | Pour des documents audio et vidéo (en allemand) → cliquez ici | Pour une documentation sur Brinkmann en anglais → cliquez ici
* La présentation et les références ont été mises à jour pour ce blog (02/2026).
● Veröffentlicht: 11. Februar 2026, aktualisiert: 06.03.2026




